Collages

au
Geste et fragments

Le collage est l’une des rares pratiques artistiques qui navigue allègrement entre ce que nous définissons comme grand art et comme art populaire ; ou encore, plus carrément, comme art par opposition à artisanat. Le collage se nourrit de la pléthore d’images que la société contemporaine produit ; il s’approprie ses détritus ; il absorbe tout et n’importe quoi dans son champ visuel. Il propose à l’éphémère, une nouvelle signification par la recontextualisation. Comme le hip-hop, l’échantillonnage et le mixage, le collage utilise une juxtaposition de fragments existants à partir de sources disparates, indéfinies ; et, peut-être plus que tout autre médium artistique, il reflète un désir de rendre compte du chaos du quotidien sans neutraliser son potentiel. Tendant à prospérer dans les périodes de conflit et de changement, le collage fournit aux artistes une possibilité d’aborder les problèmes de l’heure sous une forme directe, aisément lisible. C’est un médium qui englobe contradiction et multiplicité, qui est imprégné de motivations politiques souvent militantes, et dont l’usage peut donc être considéré comme un geste éthique.

La présente exposition rassemble les oeuvres de huit artistes qui emploient des techniques de collage — tout comme de découpage et de montage — à des fins différentes, et elle évoque des traditions distinctes. Chutes, de 2007, une imposante toile du peintre montréalais David Elliott, se donne sous la forme d’un espace théâtral dans lequel des morceaux et découpes trouvés, issus de l’iconographie populaire, sont représentés à des échelles incompatibles, de manière à créer une image surréaliste. La grande oeuvre sur papier de Luanne Martineau intitulée The Lack of It the Dream, de 2013, est un tourbillon de motifs combinés en une imagerie reconnaissable (cristaux et pierres précieuses, ongles postiches et fragments de formes corporelles, statues et perruques), créant un champ visuel d’une grande complexité. Connu tout d’abord comme peintre, Louis-Philippe Côté a confectionné des collages depuis son adolescence, et les 30 oeuvres sur papier intitulées Data, échelonnées de 1996 à 2013, retracent clairement la tradition du photomontage d’artistes dadaïstes tels Georg Groz et Hannah Hoch. La confrontation parfois choquante d’illustrations de journaux et de magazines fait clairement allusion au bombardement d’images auquel nous sommes soumis chaque jour, en particulier par la surabondance de représentations du corps féminin. À strictement parler, les travaux très différents de Hajra Waheed et de Paul Butler sont des découpages plutôt que des collages. De Hajra Waheed, A Short Film from Sea Change: Character 1: In the Rough, de 2013, est une narration hautement évocatrice et cinématographique du voyage de découverte d’un homme, sous la forme d’un collage de 300 diapositives en négatif et cartes postales des années 1930 et 1940. Les collages résolument plus abstraits de Paul Butler, dans lesquels tout le contenu textuel du magazine Artforum a été caviardé, peuvent se lire comme un commentaire sur la valeur des informations métatextuelles véhiculées par les nombreuses pages livrées aux intérêts commerciaux dans les revues d’art. Son Collage Party Pavilion (v2), de 2011, installé à La Rotonde, procure aux visiteurs un forum où créer leurs propres collages. Le film 16 mm Kidnappé, 1984-1988, de Thomas Corriveau, constitue un résumé très ramassé des multiples façons dont les techniques du collage peuvent être utilisées — en comprenant, comme il le fait, des animations image par image d’anamorphoses perspectivistes faite de coupures de magazines, ainsi que de montages de photographies mises en scène. Par ailleurs, la sculpture Prop, de 2007, de Trevor Mahovsky et Rhonda Weppler montre la fertile diversité de ce qui peut être défini comme collage.

Renseignements complémentaires

Commissaire(s)
Lesley Johnstone

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