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Jouer dans le cadre

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Afin de faire un retour sur le projet Art contemporain et chanson, nous vous présentons ici une rencontre avec Muriel Porret, spécialiste en arts plastiques qui nous raconte son processus de création partagé avec les élèves de l’école Saint-Arsène.

Muriel Porret, spécialiste en arts plastiques à l’école Saint-Arsène qui a participé avec un groupe d’élèves au projet Art contemporain et chanson.

Au MAC, nous la connaissons bien puisqu’elle vient régulièrement visiter les expositions avec ses élèves et qu’elle a participé à plusieurs reprises à d’autres projets éducatifs comme Arrimage. Pour elle, il est primordial que les enfants sortent de l’école pour découvrir des lieux culturels et constater que l’art, ça ne se passe pas uniquement dans le local d’arts plastiques. Si la création peut transformer magnifiquement l’environnement à l’intérieur de l’école, elle se trouve aussi au-dehors dans notre manière de regarder les petites choses du quotidien.

Votre création collective prend la forme d’un vidéo-clip imaginé pour la chanson Des pieds et des mains de Jérôme Minière. Comment s’est déroulé votre processus de création ?

Au début du projet, j’ai tout de suite opté pour l’animation image par image puisqu’elle permettait de garder le geste visible ; je voulais vraiment que l’on sente la main de l’enfant. Ensuite, Jérôme Minière est entré dans le portrait et nous nous sommes mis d’accord sur le choix de cette chanson avec l’intuition qu’elle toucherait les enfants avec ses thèmes comme l’environnement et la consommation. En effet, ce sont des mots qui leur ont vraiment parlé ! Il y a eu une étape où l’analyse de texte s’est faite en classe avec la titulaire (j’aime bien travailler en collaboration avec les enseignants pour créer un lien de continuité dans le projet) pour permettre aux élèves de comprendre et de s’approprier le sens parfois plus abstrait ou imagé des paroles.

Ensuite, les élèves ont rencontré Jérôme Minière qui est venu présenter son travail et sa démarche : comment il trouve l’idée pour une chanson, comment on devient chanteur, etc. Ç’a été un apport extraordinaire en lien avec la thématique « art contemporain et chanson » et les élèves y ont trouvé un écho très stimulant avec leur propre processus de création. D’ailleurs, cette rencontre marquante a donné lieu il y a quelques semaines à une présentation finale du projet où l’artiste est revenu en classe et fut très ému et heureux de découvrir le résultat.

École Saint-Arsène, Des pieds et des mains, présentée dans le cadre du projet Art contemporain et chanson au Musée d’art contemporain de Montréal du 21 avril au 13 mai 2018.

Dans ton texte de présentation, tu mentionnes la notion de contrainte. Pourquoi cet élément est-il ressorti comme un aspect important dans votre projet ?

D’emblée, le choix de la technique était une contrainte qui a nécessité une bonne mise en contexte et un sacré sens de l’organisation. J’ai montré toutes sortes d’exemples d’animation image par image pour permettre aux élèves de saisir l’ampleur du travail et de comprendre le principe du 24 images par seconde. Ensuite, les élèves ont été divisés en équipes et chacune d’elles devait créer une section de la chanson et laisser une dernière image qui allait devenir le premier fragment pour la prochaine équipe et ainsi de suite. Aussi, nous avons sélectionné ensemble un éventail de matériaux qui allaient être mis à la disposition de tous pour réaliser les animations. Là aussi, nous avons souhaité nous restreindre avec un certain souci écologique pour être cohérents avec la signification de la chanson. Nous avons décidé de faire avec ce que nous avions déjà, de récupérer ce qui était à notre portée et de le revaloriser. De plus, chaque équipe avait le droit de choisir trois matériaux différents (papier, cailloux, bouts de laine, etc.). Lorsque la dernière image de l’équipe précédente leur était présentée, ils devaient garder un des matériaux et en utiliser deux autres nouveaux. La contrainte est devenue très motivante pour eux, car ils devaient faire les bons choix en fonction de leur idée de départ. Souvent, lorsqu’on met des paramètres plus définis pour les enfants, cela apporte une richesse puisqu’ils sont amenés à réfléchir et à développer avec plus d’attention leur création. Comme enseignante, le défi est de trouver l’équilibre entre la direction qui est donnée et la place laissée pour leur propre exploration. Je crois toutefois qu’il est important d’établir un cadre : on joue là-dedans aujourd’hui et on ira jouer dans un autre cadre une autre fois.

Au-delà des aptitudes en arts visuels, qu’est-ce que les enfants ont pu développer comme apprentissage ? Qu’est-ce qui est ressorti pour eux au niveau de leur expérience ?

Il y a d’abord eu l’ouverture aux autres. Dans les trois classes qui ont travaillé ensemble et qui ne se connaissaient pas nécessairement, j’ai senti un grand respect et même une admiration face au travail des autres. Ils découvraient avec émerveillement la création de leurs collègues, en prenaient soin et ça les motivait à faire quelque chose d’aussi beau, d’aussi réussi. Nous n’étions pas du tout dans un esprit de compétition, mais bien dans une véritable collaboration. Il y a aussi parmi eux, un groupe d’élèves ayant des troubles de langage. À l’école, on travaille fort pour éviter l’exclusion. Ce projet a donné l’occasion aux élèves de s’ouvrir davantage, de se voir autrement et de se valoriser mutuellement.   

Ils ont également appris la patience qui va de pair avec l’animation image par image. Pour des enfants, 500 photos, c’est astronomique ! Lorsque nous avons fait un retour sur le projet, c’est ce qu’ils ont mentionné en premier. En effet, il fallait parfois que je leur répète de prendre leur temps et ne pas chercher à passer trop vite du point A au point B. Je devais ramener leur attention sur le fait que plus les déplacements sont petits, plus le mouvement sera fluide.

Enseigner les arts plastiques au primaire est exigeant. Qu’est-ce qui te motive à en faire plus en participant à des projets comme celui-ci ?

J’aime beaucoup le processus. C’est important pour moi que pour les élèves vivent une belle expérience tout au long des différentes étapes de la création. Des projets comme Art contemporain et chanson sont pour moi une stimulation pour sortir de ma zone habituelle. Je le vois comme une carte blanche qui me permet de pousser ma créativité : je dois réfléchir, me poser des questions. Aussi, c’est motivant de travailler avec une date d’échéance sachant que le projet va être présenté au Musée et diffusé publiquement. Il a évidemment une portée beaucoup plus grande que lorsqu’il est exposé à l’école. Je dois dire que cette fois-ci, j’avais une petite angoisse face à la particularité de devoir livrer un projet qui devait être diffusé numériquement. J’étais un peu intimidée par l’aspect « techno », mais c’est devenu finalement un moteur. Je pense même répéter l’expérience de l’animation image par image parce que je trouve que c’est une technique méconnue des enfants. Ce sera donc, pour moi, une aventure à poursuivre…

Le projet Art contemporain et chanson a été présenté au Musée d’art contemporain de Montréal du 21 avril au 13 mai 2018. Il s’inscrit dans le cadre des pratiques artistiques et culturelles d’Une école montréalaise pour tous, un programme du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur.

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