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Acquisitions Récentes

Année après année, la collection du Musée s’enrichit de nouvelles œuvres. Voici une sélection au nombre de nos récentes acquisitions.

Jerôme Nadeau

The Crawler et Less Lost, 2019
Impression jet d’encre sur toile
195,5 x 96,5 cm (chacune)

Jerôme Nadeau, The Crawler et Less Lost, 2019
Impression jet d’encre sur toile
195,5 x 96,5 cm (chacune)

Le travail de Jérôme Nadeau se développe autour d’une suite d’enquêtes examinant le statut de l’image photographique, par rapport à sa matérialité et aux qualités inhérentes situées à l’intersection des moyens d’expression. Mélangeant l’exploration de diverses approches techniques, suivant un travail d’accumulation, chaque image est à la fois source d’information et matériel brut. Titulaire d’une maîtrise en photographie de l’Université Concordia, Jérôme Nadeau a exposé ses œuvres lors de plusieurs expositions individuelles et collectives à Montréal, à Toronto ainsi qu’en Suède.

The Crawler fait référence à l’usage de programmes informatiques, plus précisément à ce qui fonctionne sous l’œil de l’utilisateur comme un témoin [cookie] et qui emmagasine les données. L’image imprimée sur la toile est née d’un flux d’aller-retour entre les registres numérique et matériel, à l’image de la toile d’une araignée.

Less Lost fait référence à la conversion de signaux sonores en images et à la capacité de celles-ci à encapsuler les traces et les pertes occasionnées par les opérations de transduction. L’image imprimée est une représentation de ce que l’on appelle communément du bruit (noise d’une image), évoquant un régime de perte et de gain. Au cours du processus, lors duquel il existe peu de distinction entre le musicien et l’artiste visuel, l’image de Less Lost est traitée comme une musique, c’est-à-dire que la modification du son d’une piste est abordée via le traitement de son image.

Ces deux images imprimées sur toile et présentées en paire appartiennent à un corpus plus vaste exposé à la Galerie Nicolas Robert en 2019, sous le titre Pool Healer. Les œuvres seront exposées au MAC à l’automne 2020 dans le cadre de l’exposition collective La machine qui enseignait des airs aux oiseaux.

Cindy Dumais

Dialogue III : Regarde le miroir, 2016-2017
Installation; 5 éléments; non sécable, gravure sur plexiglas, encre sur papier FAB, bois, lumière DEL 
150 x 140 cm

Cindy Dumais, Dialogue III : Regarde le miroir, 2016-2017
Installation; 5 éléments; non sécable, gravure sur plexiglas, encre sur papier FAB, bois, lumière DEL
150 x 140 cm

Cindy Dumais est une artiste, autrice et éditrice [LaClignotante] établie à Saguenay. S’intéressant à la dimension littéraire des arts visuels, ses recherches l’ont amenée à développer des installations sur l’identité, l’origine et la référence, racontant l’expérience du corps et de la pensée, et relevant souvent du rapport qu’entretient l’homme avec le sacré et le surnaturel.

Dialogue III : Regarde le miroir est une œuvre ancrée dans le langage, réalisée à partir de textes d’auteurs mis en position de dialogue avec ceux rédigés par l’artiste. Les textes en référence sont Épisodies (2014) de Michaël La Chance, Premier épisode (1965) de Hubert Aquin et Qu’est-ce que l’art? (1992) de Joseph Beuys et Volker Harlan. Des extraits figurent sur les éléments disposés au sol dans la partie gauche de l’installation. Le miroir posé au sol, à droite, est le support d’un texte rédigé par l’artiste et gravé à l’arrière de la surface. L’œuvre consiste en une transposition de l’écrit comme forme, matière et image en un espace physique d’installation. L’artiste s’interroge sur le récit dans l’espace : comment le littéraire peut-il être traduit dans les moyens d’expression propres aux arts visuels, dans le but de créer une constellation formelle et iconographique faisant image aux rhizomes propres à la structure de la pensée?

L’œuvre Dialogue III : Regarde le miroir appartient à un corpus plus vaste composé actuellement de cinq volets. Tous les dialogues sont des textes spontanés rédigés à la machine à écrire, en relation avec une collection de citations d’autrices et d’auteurs, colligée par l’artiste depuis maintenant 20 ans.

Anne-Marie Proulx

Uepeshekat (Les falaises se rapprochent), 2018
Photographie argentique, tirage jet d’encre, 3/5
38 x 50 cm (encadrée)

Anne-Marie Proulx, Uepeshekat (Les falaises se rapprochent), 2018
Photographie argentique, tirage jet d’encre, 3/5
38 x 50 cm (encadrée)
Élément de l’installation Les falaises se rapprochent, en conversation avec Mathias Mark, 2016-2020, ensemble sécable composé de 9 éléments, dimensions variables

Les falaises se rapprochent, en conversation avec Mathias Mark est une installation rassemblant des photographies du territoire, un dictionnaire en innu-aimun et en français ainsi que des conversations permettant de s’imaginer parcourir l’intérieur des terres et entendre les voix de ceux qui y vivent. L’œuvre, née d’une amitié entre Anne-Marie Proulx et Mathias Mark, représente une volonté d’écoute et de dialogue pour faire se rapprocher les cultures malgré l’éloignement. Les paroles échangées évoquent la relation intime qui existe entre l’oralité et la mémoire, la langue et le territoire. Le titre fait référence à un lieu de campement sur la Pakua Shipu, une rivière en Basse-Côte-Nord, ainsi qu’à la ville de Québec, dont le nom fait référence au rétrécissement du fleuve.

Mathias Mark est de Pakuashipi, une communauté située sur la Basse-Côte-Nord du fleuve Saint-Laurent. Il vit sur les rives de la Pakua Shipu, une grande rivière qui mène vers l’intérieur des terres, où les Innus vivaient traditionnellement durant la saison hivernale. Par l’enseignement des aînés, il s’investit dans l’apprentissage des compétences et des connaissances de sa culture innue traditionnelle, afin d’en faire le partage aux nouvelles générations.

Anne-Marie Proulx est une artiste établie à Québec, où elle est également codirectrice de VU, centre de diffusion et de production de la photographie. Elle imagine et conçoit des façons de renouveler nos relations avec le vivant et avec les espaces naturels qui nous entourent. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions, notamment à la Maison de la littérature dans le cadre de Manif d’art 9 – la biennale de Québec (Québec, 2019), à Occurrence dans le cadre de MOMENTA biennale de l’image (Montréal, 2017), à YYZ (Toronto, 2017) et au sein d’expositions collectives présentées en Angleterre, en Autriche et en France.

Margaret Haines

The Stars Down to Earth (arrêt sur image), 2016
Vidéogramme, 1/3
24 min, son

Margaret Haines, The Stars Down to Earth (arrêt sur image), 2016
Vidéogramme, 1/3
24 min, son
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
© Margaret Haines
Avec l’aimable permission de l’artiste

Margaret Haines est une artiste québécoise dont la pratique est multiforme. Après des études à l’École des Beaux-Arts de Paris, à l’Université Concordia et au California Institute of the Arts, elle est invitée en résidence à la Rijksakademie van beeldende kunsten à Amsterdam. Elle termine actuellement à Montréal l’édition de son prochain livre à paraître intitulé On Air: Purity, Corruption and Pollution, sur la vie et l’œuvre de l’artiste, poétesse, actrice et occultiste Marjorie Cameron Parsons.

Ses films sont des récits aux méandres complexes, nourris d’investigations philosophiques. Construit selon la forme d’un thriller, The Stars Down To Earth est un voyage dont la destination est inconnue, mais dont le sujet est parsemé d’étoiles, de dieux et de prophètes. Le film, basé sur l’histoire du Carroll Righter Institute, a été principalement tourné à Los Angeles, une ville où nous sommes entourés d’étoiles et de signes cosmiques : Universal Studios, propriété de Mars Management, Venus Art and Flowers, Moonstar Auto Care et Apollo Insurance. Le film, nommé d’après un essai éponyme de Theodor W. Adorno, prend comme assise l’héritage légué par Alan Leo, astrologue et théosophe, qui développa une astrologie envisagée en tant que reconnaissance de signes plutôt que comme prédiction.

Moridja Kitenge Banza

Christ Pantocrator n°10, 2020
Acrylique et feuille d’or sur contreplaqué
25,2 x 18 x 11 cm

Moridja Kitenge Banza, Christ Pantocrator n°10, 2020
Acrylique et feuille d’or sur contreplaqué
25,2 x 18 x 11 cm
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
© Moridja Kitenge Banza
Avec l’aimable permission de l’artiste

Christ Pantocrator n°11, 2020
Acrylique et feuille d’or sur contreplaqué
25,2 x 18 x 11 cm

Moridja Kitenge Banza, Christ Pantocrator n°11, 2020
Acrylique et feuille d’or sur contreplaqué
25,2 x 18 x 11 cm
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
© Moridja Kitenge Banza
Avec l’aimable permission de l’artiste

Christ Pantocrator n°12, 2020
Acrylique et feuille d’or sur contreplaqué
25,2 x 18 x 11 cm

Moridja Kitenge Banza, Christ Pantocrator n°12, 2020
Acrylique et feuille d’or sur contreplaqué
25,2 x 18 x 11 cm
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
© Moridja Kitenge Banza
Avec l’aimable permission de l’artiste

Moridja Kitenge Banza est un artiste québécois d’origine congolaise, né à Kinshasa en 1980 en République démocratique du Congo. Dans son travail, les frontières entre réalité et fiction sont poreuses. Il interroge l’histoire, la mémoire et l’identité des lieux, ainsi que la place qu’il occupe dans ceux-ci. Ses œuvres suggèrent une réécriture des récits dominants et offrent des espaces où le discours marginal peut exister. En utilisant différemment les codes des représentations culturelles, politiques, sociales, il réinvente un univers qui exclut toute dimension géographique du processus identitaire.

La réflexion de Moridja au sujet des multiples visages du Christ a débuté en 2016, à l’occasion d’un événement familial au cours duquel des masques traditionnels furent utilisés selon les prescriptions. Christ Pantocrator n°10, Christ Pantocrator n°11 et Christ Pantocrator n°12 appartiennent à un large ensemble de portraits représentant sous différents traits un Christ Glorieux. Chacun est créé par association des codes de la peinture byzantine et des masques africains répertoriés dans des collections privées et publiques. Les éléments formels et référentiels sur lesquels repose le concept des visages multiples du Christ sont propres à chaque tableau. Qu’est-ce que le système colonial a produit comme effet dans les communautés ? Dans l’identité des individus ? Comment trouver sa place dans l’histoire en étant conscient des influences religieuses, politiques et sociales ? Voilà d’importantes questions adressées par l’artiste avec ces œuvres.

Vous aurez la chance de découvrir ces tableaux dans les salles d’exposition du musée cet automne.

Pour voir le travail de Moridja cet été, visitez l’exposition RELATIONS: la diaspora et la peinture à la Fondation PHI dès le 8 juillet 2020.

Hannah Claus

chant pour l’eau [Kinosipi], 2019
Installation; Impression numérique résistante aux rayons U.V. sur film Jetview transparent, fil, colle PVA, acrylique
609 x 335 x 46 cm

Hannah Claus, chant pour l’eau [Kinosipi], 2019
Installation; Impression numérique résistante aux rayons U.V. sur film Jetview transparent, fil, colle PVA, acrylique
609 x 335 x 46 cm
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
© Hannah Claus
Photo : Paul Litherland

Hannah Claus est une artiste de descendance Kanien’kehá:ka* et anglaise qui renouvelle par sa démarche artistique les façons de comprendre et d’être en relation avec les mondes qui nous entourent en tant que Onkwehonwe**. Le MAC est privilégié d’ajouter à sa Collection l’œuvre intitulée chant pour l’eau [Kinosipi]***.

L’installation est une composition créée à partir du spectre sonore d’une chanson de Karine Wasiana Echaquan, conteuse et chanteuse atikamekw. Ce projet de nature collaborative est la troisième installation d’une série de « chants pour l’eau » interprétés à partir de différentes rivières sur le territoire. Les rivières étaient les connecteurs entre les lieux et les communautés avant le développement des autoroutes. Cette œuvre porte l’image d’un testament oral sur la relation entre les eaux, les populations et le territoire. Vous aurez la chance de la découvrir dans les salles d’exposition du musée cet automne.

Pour voir le travail d’Hannah Claus cet été, visitez les expositions Àbadakone | Feu continuel au Musée national des beaux-arts du Canada et l’événement BACA 2020 : Teionkwariwaienna Tekariwaiennawahkòntie | Honorer nos affinités, qui se déploie dans plusieurs lieux, dont la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain.

* Kanien’kehá:ka veut dire « le Peuple du silex ». C’est le nom par lequel le peuple, nommé « Mohawk » par les allochtones, se nomme lui-même dans la langue Kanien’ké:ha.
** Onkwehonwe veut dire « peuples originaux » en Kanien’ké:ha.
***La Kinosipi désigne la Rivière de l’Assomption

Tomás Saraceno

San Miguel de Tucumán, Argentine, 1973
Vit et travaille à Berlin, Allemagne

Hybrid solitary semi-social 54 Tauri built by: a duet of Linyphia triangularis – three weeks, a nonet of Cyrtophora citricola – three weeks, rotated 180°, 2017
Soie d’araignées, fibre de carbone, boîtier en acrylique, métal

Tomás Saraceno, Hybrid solitary semi-social 54 Tauri built by: a duet of Linyphia triangularis – three weeks, a nonet of Cyrtophora citricola – three weeks, rotated 180°, 2017
Soie d’araignées, fibre de carbone, boîtier en acrylique, métal
Collection du Musée d’art contemporain de Montréal
Photo : Richard-Max Tremblay

Tomás Saraceno, Hybrid solitary semi-social 54 Tauri built by: a duet of Linyphia triangularis – three weeks, a nonet of Cyrtophora citricola – three weeks, rotated 180°, 2017
Soie d’araignées, fibre de carbone, boîtier en acrylique, métal
Collection du Musée d’art contemporain de Montréal
Photo : Richard-Max Tremblay

Tomás Saraceno, Hybrid solitary semi-social 54 Tauri built by: a duet of Linyphia triangularis – three weeks, a nonet of Cyrtophora citricola – three weeks, rotated 180°, 2017
Soie d’araignées, fibre de carbone, boîtier en acrylique, métal
Collection du Musée d’art contemporain de Montréal
Photo : Richard-Max Tremblay

Tomás Saraceno s’inspire des araignées et de la beauté de leurs toiles de soie pour réinterpréter notre rapport au monde. Depuis 2012, l’artiste travaille étroitement avec de nombreux spécialistes des arachnides afin de connaître les caractéristiques propres aux diverses espèces d’araignées ainsi que la typologie des toiles qu’elles tissent. Considérant que le titre de cette singulière sculpture est étroitement lié à la méthodologie de sa réalisation, il s’avère essentiel d’analyser la composition de Hybrid solitary semi-social 54 Tauri built by: a duet of Linyphia triangularis – three weeks, a nonet of Cyrtophora citricola – three weeks, rotated 180°.

En premier lieu, une fine structure cubique faite de tiges de carbone fut assemblée. À l’intérieur de celle-ci, dans un environnement et un climat contrôlés, un couple de Linyphia triangularis fut introduit. La Linyphia triangularis est une espèce d’araignée aranéomorphe de la famille des Linyphiidae. Dans un contexte naturel, cette araignée tisse une toile horizontale dans les buissons ou les haies en automne. La toile typique de ces araignées se compose d’une nappe de soie épaisse au-dessus de laquelle est tendu un réseau bas de fils se croisant en tous les sens, pour augmenter les chances d’attraper les proies. Les deux spécimens furent introduits dans leur espace de travail pour une période de trois semaines, à la suite desquelles ils furent retirés.

Dans un second temps, le caisson fut rotationné de 180 degrés, avant qu’une seconde famille d’araignées soit introduite. Pour une période de trois semaines, un groupe de neuf Cyrtophora citricola tissèrent leurs toiles, en usant à plusieurs reprises des fils déjà réalisés. La Cyrtophora citricola, communément appelée Épeire de l’Opuntia, est une espèce d’araignée aranéomorphe de la famille des Araneidae. Lorsqu’elles ne sont pas en captivité, ces araignées tissent leurs toiles dans la végétation. Des agrégations sont possibles et fréquentes, car ces araignées sociales ont une vie sub-coloniale. Du point de vue structural, chaque toile est un édifice soyeux tridimensionnel complexe et comporte une nappe horizontale de pourtour arrondi que soutiennent deux réseaux irréguliers sus et sous-jacents. En se croisant, ces fils constituent un tissu robuste, avec des jonctions en nombre élevé et dont les petites mailles carrées sont si fines et si régulières qu’elles évoquent la structure d’un filet à plancton. Après trois semaines de travail, les araignées furent retirées et leur travail encaissé dans un boîtier d’acrylique.

Ces histoires et gestes quasi invisibles, qui composent la nature dont nous faisons partie, nous invitent à repenser poétiquement notre manière d’habiter le monde.

Shannon Bool

Née à Comox (Colombie-Britannique), Canada, en 1972

Michaelerplatz 3, 2016
Fibres de laine et de coton, 1/2, 288,3 x 188 cm
Achat, grâce à la générosité de madame Paule Poirier

© Shannon Bool / Photo : avec l’aimable permission de l’artiste et de la Daniel Faria Gallery

La collection du Musée d’art contemporain de Montréal s’est récemment enrichie d’une nouvelle acquisition grâce au legs de Mme Paule Poirier, mécène visionnaire qui a offert au Musée un don majeur totalisant plus de deux millions de dollars et voué à l’achat d’œuvres d’art. Coup de cœur du public lors de son exposition à l’automne 2016, Michaelerplatz 3, de l’artiste canadienne Shannon Bool, est la première acquisition réalisée grâce à la générosité de Paule Poirier.

Figure canadienne renommée sur la scène internationale, Shannon Bool use de médiums variés tels que le dessin, la peinture, la sculpture et la photographie. Comme en témoigne Michaelerplatz 3, qui intègre la photographie dans le processus de production de la tapisserie, les explorations techniques de l’artiste brouillent les catégories établies. Influencée par l’histoire de l’art, la littérature, la psychologie et les arts décoratifs, celle-ci développe sa production avec un intérêt marqué pour les considérations formelles et en abordant simultanément des enjeux politiques, sociologiques et culturels, notamment d’ordre colonial et postcolonial.

Michaelerplatz 3 est une œuvre textile qui réfère à l’adresse d’un célèbre bâtiment : la Looshaus, construite à Vienne en 1909 par l’architecte moderniste Adolf Loos, reconnu pour son refus radical de l’ornementation. Dans son entrée de marbre, l’artiste a procédé au collage d’un mannequin chromé, et son reflet semble se projeter à l’infini dans les miroirs avoisinants. Ce corps féminin acéphale et dénudé, entouré de surfaces réfléchissantes, peut rappeler le dispositif d’une vitrine en cours de montage. Cependant, son énigmatique présence dans cet environnement opulent génère une tension qui capte le regard.

Le récent travail de Shannon Bool sur la tapisserie est considéré comme un point d’ancrage et une signature représentative de sa pratique actuelle : Michaelerplatz 3 permet d’en saisir toute la rigueur et la portée.

Aude Moreau

Née à Gençay, France, en 1969

La Ligne bleue n° 2, 2014
Impression jet d’encre sur panneau Dibond, 1/3, 121 x 479,8 cm (l’ensemble)
Don de la Collection Loto-Québec, dans le cadre d’un partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal

© Aude Moreau / Photo : Richard-Max Tremblay

Maquette Lower Manhattan, 2014
Impression 3D (résine Polyjet), acrylique et peinture acrylique, 16,5 x 75 x 74,5 cm
Don de la Collection Loto-Québec, dans le cadre d’un partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal

© Aude Moreau / Photo : Richard-Max Tremblay

La Ligne bleue est un projet d’intervention in situ que l’artiste souhaite réaliser sur les façades de vingt édifices du quartier des finances de Manhattan. Elle planifie d’utiliser l’éclairage des bureaux des gratte-ciels pour tracer, dans le ciel nocturne de New York, une ligne d’horizon située à 65 mètres de hauteur, ce qui correspondrait à la montée des océans si la planète connaissait une fonte des glaces subite.

La Ligne bleue no 2 et Maquette Lower Manhattan, conçues comme des modélisations précédant la réalisation de l’intervention à New York, documentent différentes phases d’exploration du projet. Alors que la maquette reproduit le plan cadastral des lots occupés par les édifices visés, l’œuvre photographique simule la lumière bleue émanant de l’intérieur des bureaux dans l’obscurité d’un fond noir, faisant disparaître les édifices et leur environnement. En résulte un tracé lumineux qui laisse deviner l’empreinte fantomatique de la trame architecturale de la ville.

Claudie Gagnon

Née à Montréal (Québec), Canada, en 1964

Tableaux, 2011 
Vidéogramme couleur, 21 min. 31 sec., son
Don de la Collection Loto-Québec, dans le cadre d’un partenariat avec le Musée d’art contemporain de Montréal

© Claudie Gagnon / Photo : avec l’aimable permission de l’artiste

Cette œuvre vidéographique de Claudie Gagnon reprend le dispositif du tableau vivant, représentation figée et traditionnellement performée en temps réel devant un public, pour le transposer dans le médium filmique. Claudie Gagnon revisite ici les genres, les compositions, les poses et les gestes de la peinture en mettant l’accent non pas tant sur l’action des personnages, qui demeure somme toute minimale, mais sur le son. Bougeant à peine, ces derniers s’animent d’une étrange présence sonore qui accentue la manière à la fois grotesque et humoristique avec laquelle l’artiste traite l’histoire de l’art. Une grande subtilité sonore marque chacune des représentations, en passant par des figures religieuses du Greco à la femme à barbe de José de Ribera, des scènes de genre flamandes du XVe siècle inspirées de Jérôme Bosch au surréalisme d’Otto Dix, au célèbre Cri d’Edvard Munch et jusqu’aux saltimbanques d’Honoré Daumier et de Pablo Picasso. Véritable allégorie de la peinture, Tableaux porte un regard teinté d’humour et d’ironie sur l’histoire de l’art.

Hajra Waheed

Née à Calgary (Alberta), Canada, en 1980

Video Installation Project 1-10, 2011-2013
10 vidéogrammes haute définition, 33 min. 14 sec., 1/3

Video Installation Project 1-10: Fayaz, 2011-2013 (vue d’installation)
© Hajra Waheed / Photo : Paul Litherland, reproduction autorisée par l’artiste

Inspirée par des reportages, des recherches approfondies et son parcours personnel, Hajra Waheed explore de manière critique les enjeux liés aux jeux de pouvoir, à la surveillance de masse ainsi qu’aux traumatismes découlant de la migration massive. Elle a élaboré un langage visuel qui reflète ses années de jeunesse en Arabie saoudite où elle a connu le déracinement, la censure, les restrictions de voyage et la première guerre du golfe Persique. Video Installation Project 1-10 est une œuvre vidéographique constituée de 10 brèves vignettes réalisées en divers lieux où la documentation photographique et vidéographique est prohibée. Ces micro-récits, développés tels de discrets exercices d’observation, proviennent d’un long processus de collecte d’images. L’artiste y capte la beauté banale, la surprise dans la routine, la distorsion culturelle et la limite de la censure. Dans cette œuvre, rien n’est mis en scène. Les événements filmés, sortes de moments magiques, représentent autant de pages d’un journal intime dans lequel le spectaculaire et le banal entrent en collision.