Cette murale présente le fac-similé d’une suite de dessins réalisés par l’artiste montréalais François Morelli pendant le grand confinement. Œuvre de maturité, Le chant de l’aube décline sur un mode intimiste l’ambitieuse cartographie des moyens plastiques employés par l’artiste dans sa pratique du dessin, clef de voûte de son corpus multidisciplinaire.

Commissarié par : François LeTourneux

Morelli y reprend l’emploi de motifs réalisés au tampon encreur, issus de son intérêt de longue date pour l’ornement, l’art conceptuel et les pratiques relationnelles. Le vaporisateur d’encre et le jeu des pochoirs structurent un espace librement rythmé, quasi flottant; tandis que le dessin à main levée, qui puise aux carnets de l’artiste, convoque des figures et des formes rappelant autant ses performances et ses sculptures qu’un flux d’associations libres autobiographiques.

Adoptant un format séquentiel partiellement inspiré des frises assyriennes, des codex mésoaméricains ou encore de la tradition des rouleaux peints asiatiques, Le chant de l’aube se déploie à la manière d’un long flatbed¹ onirique. Les grands thèmes de l’œuvre de Morelli y apparaissent tour à tour, à commencer par celui du corps, omniprésent, dont la gestuelle s’apparente à une forme de langage symbolique.

Ce qu’il dit des relations entre les individus, ainsi que de leur rapport aux objets et au monde environnant, se dérobe cependant à toute saisie directe, prenant forme dans un espace psychique qui constitue en quelque sorte l’envers des lieux spécifiques investis par l’artiste. Les références socio-culturelles et politiques propres aux projets de Morelli s’y trouvent davantage absorbées dans une ample méditation poétique, au sein de laquelle l’idée de métamorphose ouvre sur une compréhension polyphonique de l’être-ensemble et du temps qui passe.

¹ Concept défini par le critique d’art américain Leo Steinberg en 1972 pour décrire un plan de travail horizontal.

François Morelli

« Né à Tiohtià:ke (Montréal), François Morelli obtient un baccalauréat en arts plastiques de l’Université Concordia en 1975. Dès lors, sa démarche est informée par l’interdisciplinarité, la performativité et le relationnel. Entre 1981 et 1990, Morelli vit et travaille dans le grand New York, où il obtient une maîtrise au Mason Gross School of the Arts, Rutgers University (New Jersey) en 1983. Il enseigne dès 1981 et prend sa retraite de l’Université Concordia en 2019, après 22 ans d’enseignement. Récipiendaire de nombreuses subventions et résidences, il performe et expose ses œuvres depuis 1977. Sa représentation en galerie est assurée à Montréal par Christiane Chassey de 1991 à 2004 et Joyce Yahouda entre 2006 et 2017, par la galerie Horodner Romley à New York de 1993 à 1995, et par la galerie Chiguer art contemporain à Québec et à Montréal depuis 2022. Il est lauréat du Prix d’excellence de la Biennale de dessin et d’estampe d’Alma en 1993 et reçoit le prix Louis-Comtois en 2007, le prix Ozias-Leduc remis par la Fondation Émile-Nelligan en 2021 et le prix Paul-Émile-Borduas en 2024. Il partage sa vie avec l’historienne d’art et de design Diane Charbonneau, l’auteur et artiste Didier Morelli et l’historienne d’art et d’architecture Arièle Dionne-Krosnick. »

La notice biographique est entre guillemets comme elle est signée par l’artiste.

Crédit : Joanie Fortin