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John Akomfrah

au
Vertigo Sea

L’installation vidéo à trois canaux Vertigo Sea, 2015, de John Akomfrah, est à la fois d’une beauté dévastatrice, déchirante et particulièrement opportune. Composée d’extraits de films et de programmes télévisés tirés principalement des archives de l’Unité d’histoire naturelle de la BBC, ainsi que de mises en scènes tournées par Akomfrah, l’œuvre mêle plusieurs récits dépeignant l’océan comme un lieu de terreur et de beauté.

Vertigo Sea juxtapose des images puissantes de chasse à la baleine au large de Terre-Neuve, de chasse à l’ours polaire sur les glaces de l’Arctique, de bancs de poissons et de plancton étendus sur plusieurs kilomètres ou encore montrant l’instinct prédateur des différentes formes de vie marine, mais aussi des images de corps noirs alignés dans la cale d’un bateau négrier, de boat people vietnamiens, de prisonniers politiques jetés à la mer, et ces vues trop courantes de réfugiés entassés dans des embarcations de fortune. Bon nombre de ces images nous sont familières. Nous pouvons identifier leur contexte historique et géographique et nous en connaissons l’origine. Cependant, leur mise en proximité sans correspondance apparente sur trois écrans pendant les 48 minutes que dure l’œuvre crée un effet vertigineux.

Les scènes fictives ponctuant la vidéo « animent » la conception qu’a Akomfrah du romantisme, aussi bien en tant que mouvement artistique qu’en tant que traité philosophique. L’artiste fait directement référence aux marines de J. M. W. Turner, au Radeau de la Méduse de Théodore Géricault (1818-1819) et aux paysages sublimes de Caspar David Friedrich, tandis que des extraits de textes de Ralph Waldo Emerson, des romans Moby Dick (1851) de Herman Melville et Les vagues (1931) de Virginia Woolf, ou encore du poème Whale Nation (1988) de Heathcote Williams servent d’intertitres. En outre, Akomfrah raconte l’incroyable histoire d’Olaudah Equiano (vers 1745-1797), un esclave affranchi originaire du royaume du Bénin, devenu abolitionniste britannique, marchand, marin et explorateur de l’Arctique.

Dans cette installation vidéo complexe et envoûtante, la mer est le lieu où de multiples histoires se rencontrent. L’artiste sollicite clairement et délibérément le spectateur non seulement sur le plan de sa responsabilité collective, mais aussi dans la création de nouvelles significations.

Biographie

Né à Accra, au Ghana, en 1957, l’artiste et cinéaste John Akomfrah vit et travaille à Londres. Ses œuvres portent essentiellement sur la mémoire, le postcolonialisme, la temporalité et l’esthétique, et explorent surtout les expériences des diasporas de migrants dans le monde. En 1982, Akomfrah a cofondé l’influent Black Audio Film Collective à Londres aux côtés des artistes David Lawson et Lina Gopaul, avec qui il collabore toujours.

Akomfrah a présenté de nombreuses expositions individuelles, notamment au Seattle Art Museum (Washington, 2020), à Sécession (Vienne, 2020), à BALTIC (Gateshead au Royaume-Uni, 2019), au ICA Boston (Massachusetts, 2019), au Museu Coleção Berardo (Lisbonne, 2018), au New Museum (New York, 2018) au Bildmuseet de l’Université d’Umeå (Suède, 2015 et 2018), au SFMOMA (San Francisco, 2018) et au Museo Nacional Thyssen-Bornemisza (Madrid, 2018). Il a également participé à d’importantes expositions collectives internationales : pavillon du Ghana à la 58e Biennale de Venise (2019), Strange Days: Memories of the Future au New Museum et à The Store X (New York et Londres, 2018), à Prospect 4 à La Nouvelle-Orléans (Louisiane, 2017), Terre sans repos, conversations inachevées au Museum of Modern Art de New York (2017), Tous les futurs du monde à la 56e Biennale de Venise (2015) et The Unfinished Conversation au Power Plant (Toronto, 2015). Ses œuvres ont par ailleurs été montrées dans de nombreux festivals de films internationaux, tels que le Sundance Film Festival (Utah, 2013 et 2011) et le Festival international du film de Toronto (2012). Akomfrah a reçu le prix Artes Mundi en 2017.

Organisé par le Musée des beaux-arts du Canada

La présentation au MAC est commissariée par Lesley Johnstone, chef des expositions et de l’éducation.

Publications

Le Magazine du Musée

Le Magazine du Musée

Automne 2020, 1927-8209, PDF.

Commissaire(s)
Lesley Johnstone