Réalisée par Skawennati entre 2007 et 2013, l’œuvre TimeTraveller™ offre, en neuf épisodes, une relecture postcoloniale de l’histoire des Autochtones de l’île de la Tortue. Elle pose un regard critique, mais offre surtout une vision prospective de leur présence dans le futur, en se servant du genre de la science-fiction.
À compter du 13 octobre, la salle de projection du MAC à Place Ville Marie offrira un contexte de qualité pour découvrir ou revisiter cette œuvre d’une persistante actualité réalisée par une artiste prolifique, importante ambassadrice de la communauté artistique de Tiohtià:ke.

Synopsis

On y suit l’histoire de Hunter, un jeune Mohawk du 22e siècle qui, grâce à une technologie ludo-éducative imaginée par l’artiste, voyage dans le temps pour en apprendre davantage sur son patrimoine. Prenant la forme de lunettes sophistiquées, ce système appelé TimeTraveller™ lui permet de visiter et de prendre part à des moments marquants de l’histoire des populations autochtones. À travers ses épisodes, le film survole une période de plus de 600 ans, depuis l’Amérique précolombienne jusqu’au futur de l’an 2121. Lors d’une visite de la reconstitution virtuelle de la crise d’Oka à Kanesatake en 1990, Hunter rencontre Karahkwenhawi, une fillette comme les autres qui, dès l’épisode suivant, est devenue une jeune femme équipée elle aussi de lunettes TimeTravellerTM. Talonnant Hunter dans son périple, elle le retrouve enfin sur l’île d’Alcatraz en 1969, et ils conviennent de se revoir dans le monde virtuel. Cela permet notamment à la jeune femme de visiter l’époque de son compagnon, où elle découvre une exposition d’œuvres d’art produites par des artistes autochtones contemporains, où l’on reconnait certaines œuvres de la collection du MAC.

Skawennati vit et travaille à Tiohtià:ke/Montréal, d’où elle fait rayonner son travail à l’international. Née à Kahnawà:ke, le territoire mohawk qui se situe au sud de la métropole, elle fait partie du clan de la Tortue. Préoccupée par l’absence des peuples autochtones dans notre imaginaire collectif du futur, elle a développé au cours des trente dernières années un corpus d’œuvres en nouveaux médias, vidéo, sculpture, textile et photographie, ainsi que des machinimas, dans le but de faire proliférer les présences autochtones dans le cyberespace. Son travail est reconnu et célébré pour ses représentations futuristes des Autochtones qui permettent de pourfendre les stéréotypes dépassés et d’affirmer la vibrance des cultures autochtones actuelles.

L’engagement communautaire et la démarche collaborative de Skawennati sont notables. D’abord active au sein des organismes SAGE (Students Against Global Extermination) et Femmes autochtones du Québec, elle est cofondatrice de Nation to Nation, un collectif d’artistes des Premières Nations, et plus récemment du centre autogéré d’artistes autochtones daphne, un lieu de diffusion et de résidence actif depuis 2019, créé avec la complicité des artistes Nadia Myre, Caroline Monnet et Hannah Claus. Sensible aux enjeux de son époque, Skawennati cerne la remarquable potentialité d’Internet et organise, dès 1997, des cyberpowwow afin de permettre aux artistes autochtones de toutes les nations de se rencontrer malgré leur éloignement géographique. Ces événements novateurs prenant la forme d’expositions en ligne et en présence ont eu lieu pratiquement deux fois par an jusqu’en 2004. En 2005, avec Jason Edward Lewis, elle met sur pied Aboriginal Territories in Cyberspace (AbTeC), un réseau de recherche-création basé à l’Université Concordia, ayant pour mission d’assurer une représentation des communautés autochtones à la fois en tant que créateurs en médias numériques et en tant qu’acteurs. Cette occupation du cyberspace au tournant du millénaire devient un moment décisif pour les artistes qui privilégient les médias numériques. La prolifération des nouvelles pratiques émerge en parallèle avec des réseaux d’activisme culturel autochtone, des changements institutionnels, des groupes de travail et des commissions sur l’état des cultures autochtones. Dès les prémices de ce qui est devenu une véritable réforme culturelle, l’émergence et la popularisation d’Internet se sont avérées cruciales pour une génération alors émergente d’artistes autochtones. TimeTraveller™ témoigne de ce contexte d’émancipation tant par le sujet abordé par l’œuvre que par le médium qu’elle utilise.

Le mot « machinima » est formé des termes « machine » et « cinéma ». Il est utilisé pour décrire un film tourné dans un environnement virtuel. Le territoire virtuel que Skawennati utilise depuis 2007 est Second Life, un monde en ligne multijoueur et hautement adaptable. Sur une île acquise par AbTeC dans cet espace, l’artiste construit des mondes et crée des personnages pour qui elle chorégraphie des actions et invente des dialogues, qu’elle enregistre ensuite à la manière d’un film pour enfin en faire le montage. Elle travaille avec des musiciens et des ingénieurs de son, ainsi qu’avec des gens de sa communauté notamment pour l’enregistrement des voix.