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Ce cheval…vraiment ?

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C’est lui qui attire notre attention au premier coup d’œil. Ce cheval béat posé tout près de son sceau auquel il est relié par une corde ou un trait de peinture. L’unique personnage de ce tableau de Sandra Meigs nous met devant une impulsion narrative sans toutefois nous offrir de dénouement.

Sandra Meigs
Live Now, 1988
Huile sur toile
Collection Musée d’art contemporain de Montréal
© Sandra Meigs (CARCC, 2020)
Photo : François Maisonneuve

Lorsqu’on regarde plus longuement, tout semble faux dans cette image : l’échelle esquissée est dans une perspective impossible, les bâtiments ressemblent à des façades fabriquées en carton, les montagnes ont l’air d’une toile de fond peinte pour un décor et que dire du bleu synthétique de ce ciel !

L’artiste fait ici un clin d’œil au cinéma et au style western ce qui démontre son intérêt pour la culture populaire. Dans plusieurs de ses œuvres comme The Room of 1000 Paintings, elle traduit en peinture des illustrations comiques et des personnages issus de la sphère publicitaire. Ces clichés sont une manière ludique et critique de porter un regard sur la culture du divertissement. Ici aussi, on est devant une composition et un sujet stéréotypé. Mais est-ce que c’est vraiment kitsch ? Peut-être vintage ? Même le cadre massif en stratifié peut nous faire penser aux vieilles télévisions en bois. Quant au mode d’exécution, il rappelle la peinture naïve. Ça a l’air facile et on dirait presque que n’importe qui aurait pu le faire. D’ailleurs, l’artiste dit s’être inspirée pour cette œuvre d’un tableau qu’elle a vu dans une friperie aux États-Unis (avouez qu’on aimerait bien voir la référence!). Elle a toutefois opté pour une large toile de près de 2,5 mètres de long maniant ainsi l’idée de la peinture de grand format et du panneau publicitaire. Entre la peinture de loisirs et celle dite sérieuse, on pourrait peut-être parler d’une tonalité de kitsch. Comme si la culture populaire et celle plus élitiste avaient été passées au mélangeur. Mais au-delà de cette dualité, Meigs semble pointer vers la dimension psychologique du regard en remettant en question notre manière de voir les choses. Est-ce que c’est beau ? Est-ce que c’est laid ? Est-ce que c’est vraiment ça la question ? Quant au fait de savoir si ce tableau est sérieux ou non, l’artiste explique que, pour elle, le jeu est une composante essentielle de la création.

Sandra Meigs est une artiste canadienne née à Baltimore en 1953. Elle a été formée à la Rhode Island School of Design, au Nova Scotia College of Art and Design ainsi qu’à la Dalhousie University. Elle est engagée depuis plus de 40 ans dans une démarche picturale où les formes et les couleurs vives sont souvent le prétexte à une exploration de la charge narrative des images. Ses œuvres ont abondamment été exposées à l’internationale ainsi qu’au Canada. Au fil de sa carrière, Meigs a également enseigné à l’Université de Victoria. Elle a été récipiendaire en 2015 du prix du Gouverneur général en arts visuels et du prix Gershon Iskowitz. Elle vit et travaille actuellement à Hamilton en Ontario.

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